Paris 6 - 23 octobre 2009

Intervention de la Fondation Marangopoulos pour les droits de l’homme (FMDH)

sur le sujet de l’éducation et de la formation aux droits de l’homme

Reconnaissant le rôle que l’UNESCO joue dans le domaine de l’éducation en général et dans celui de l’éducation aux droits de l’homme en particulier, la Fondation Marangopoulos pour les droits de l’homme (FMDH) souhaite exprimer quelques réflexions qui pourraient, nous semble-t-il, être utiles à une application effective du droit à l’éducation et à la formation aux droits de l’homme (DH). Ces réflexions pourraient être complémentaires aux règles concernant l’éducation et la formation aux DH, telles que celles contenues dans le très important avant-projet de Déclaration sur ce sujet élaboré par le Comité consultatif du Conseil des DH[1].

La FMDH souscrit à cet avant-projet pour ce qui est du principe que l’éducation aux DH doit être introduite dans tous les niveaux d’enseignement. Cependant, il nous semble utile de souligner que la méthode d’enseignement doit être différente à chaque niveau du système éducatif.

De manière générale, étant donné que le respect des DH est surtout une attitude de vie, les efforts dans le cadre de l’éducation devraient tendre à les faire assimiler par chaque personne dès la petite enfance.

Plus concrètement, dans l’éducation préscolaire et primaire l’accent devrait être mis sur le côté affectif. L’enfant doit s’habituer à se mettre à la place d’un autre enfant et ressentir le besoin d’éliminer la situation douloureuse de celui-ci par l’application d’un droit humain. Si cet exercice de se mettre à la place d’autrui devient une habitude qui est consolidée pendant les phases ultérieures de l’éducation, il aidera, tout au long de la vie, la personne qui a acquis cette habitude à ne pas prendre une position exclusivement ou principalement égocentrique dans les problèmes de la vie personnelle et sociale – ce qui engendre le manque de respect des DH d’autrui –.

Dans le cadre de l’enseignement secondaire l’aspect cognitif et logique est appelé à jouer un rôle plus important. Ainsi, l’intérêt de la société, le besoin de respecter une réglementation normative, etc. doivent être mis en avant.

Dans l’enseignement supérieur il faut renforcer l’approche scientifique selon la perspective de la sociologie, du droit (surtout du droit constitutionnel et du droit international), des sciences politiques etc. Cette approche vient étayer les effets positifs pour tous (l’individu, la société et l’Etat) résultant de l’application effective des DH comme système de principes et de règles.

Nous avons déjà mentionné que le noyau de la méthode qui peut contribuer au respect des DH consiste à s’habituer à se mettre à la place d’autrui. Cette méthode doit être appliquée dans tous les pays du monde et les exemples employés ne peuvent que varier en fonction des conditions socioculturelles, économiques, historiques, etc. de chacun. Par exemple, dans un pays où les discriminations à l’égard des femmes sont très intenses et graves il faut mettre en relief les souffrances causées justement par ces discriminations.

Il est logique que l’un des axes principaux de l’action de l’UNESCO en matière d’éducation et de formation aux DH consiste en la rédaction et la diffusion de manuels et d’outils d’enseignement et de formation destinés aux élèves et/ou aux enseignants à tous les niveaux d’enseignement. L’UNESCO a commencé depuis longtemps à s’atteler à cette tâche, en éditant des livres très utiles pour élèves et enseignants d’école et pour l’université[2].

Cette tâche implique aussi un effort systématique de traduction des publications reconnues pour leur qualité de la part de l’UNESCO ou d’ONG de différents Etats membres (en collaboration étroite avec les services compétents de l’UNESCO). D’autres organisations internationales ont aussi édité des ouvrages portant sur l’éducation aux DH. Pour sa part notre Fondation s’est déjà occupée de la traduction et de l’édition en grec de tels ouvrages[3], et a également organisé de nombreux séminaires en la matière.

La formation adéquate des enseignants des DH à chaque niveau d’enseignement est d’une importance primordiale[4]. Elle devrait comporter deux volets :

a) Etant donné que le maître et le professeur d’école sont des modèles vivants de comportement, leur formation devrait comprendre des règles de savoir faire et agir respectueuses des DH de leurs élèves. L’enseignant doit aussi inspirer à ces derniers le même respect tantenvers leurs enseignants qu’envers leurs camarades de classe.

b) Etant donné que la violence scolaire n’est pas un phénomène rare et qu’elle viole les DH des élèves (parfois même ceux du maître et du professeur d’école), à un degré parfois très grave, tous les enseignants des écoles mais surtout le directeur et l’enseignant chargé de l’éducation aux DH en collaboration avec le psychologue de l’école doivent être bien préparés à déceler chaque fois à temps les situations dangereuses et à y faire face.

Par ailleurs, la FMDH est de l’avis que, après la finalisation d’une Déclaration sur l’éducation aux droits de l’homme, il faudrait envisager une convention internationale en la matière. Seuls son caractère contraignant et l’introduction d’un processus de contrôle aussi efficace que possible seraient à même de renforcer la garantie de la réalisation du droit à l’éducation et à la formation aux DH.

Enfin, nous tenons à mentionner l’ouvrage Human Rights Education in the School Systems of Europe, Central Asia and North America : A Compendium of Good Practice[5], à peine paru, coédité par le Conseil de l’Europe, l’OSCE/BIDDH, l’UNESCO et le Haut Commissariat aux droits de l’homme des Nations Unies. Le Compendium of Good Practice,d’une part, montre la tendance actuelle de collaboration constructive entre organisations internationales en matière d’éducation aux DH, et d’autre part, il éclaire la pratique y relative et les solutions proposées en de nombreux endroits du globe.

 


[1] A/HRC/AC/3/CRP.4, Document de travail sur le projet de Déclaration sur l’éducation et la formation aux droits de l’homme, présenté par M. Emmanuel Decaux, rapporteur du groupe de rédaction du Comité consultatif, voir Annexe 2 Avant-projet de Déclaration sur l’éducation et la formation aux droits de l’homme présenté par le rapporteur du groupe de rédaction.

[2] Il faut mentionner l’excellent ouvrage de l’UNESCO adressé à des élèves de collège et de lycée de David Beetham, Kevin Boyle Democracy : 80 Questions and Answers, traduit en grec et édité par la FMDH, Editions « Hestia », Athènes, 1996, qui se distingue par sa simplicité, sa clarté et sa profondeur de pensée. Il convient aussi de citer, entre nombreuses autres publications de l’UNESCO en la matière, le manuel Tous les êtres humains… Manuel pour l’éducation aux droits de l’homme, Editions UNESCO, 1998.

[3]About the United Nations Teaching… Human Rights, publication des Nations Unies, traduit en grec et édité par la FMDH (accompagné d’une cassette vidéo), Athènes, 1992 ; Cheryl Law, Fight Now for Human Rights, publication du Conseil de l’Europe, traduit en grec et édité par la FMDH (accompagné aussi d’une cassette vidéo), Athènes, 1997 ; et David Beetham, Kevin Boyl, op. cit..

[4]D’ailleurs, lors de sa 12ème session le Conseil des DH a décidé que la deuxième phase du Programme mondial d’éducation dans le domaine des droits de l’homme (2010-2014) sera axée sur l’enseignement supérieur et la formation aux droits de l’homme, voir Résolution du CDH A/HRC/RES/12/4, intitulée Programme mondial d’éducation dans le domaine des droits de l’homme, adoptée le 1er octobre 2009.

[5]Human Rights Education in the School Systems of Europe, Central Asia and North America : A Compendium of Good Practice, coédité par le Conseil de l’Europe, l’OSCE/BIDDH, l’UNESCO et le Haut Commissariat aux droits de l’homme des Nations Unies ; le guide est disponible dans son intégralité en langue anglaise sur le site Internet : http://www.osce.org/odihr/item_11_40041.html